Dernière mise à jour : 22 avril 2010 Dernière édition : mars 2010

Espace culturel

mars 2008, Jérôme van Ruychevelt

Cinéma : Non, ce film n’est pas pour les petits d’hommes!

Le film le plus remarquable de ces trois derniers mois est sans aucun doute No Country for Old Men (Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, en français) de Joel et Ethan Cohen. Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur second rôle masculin.

En ce mardi 26 janvier je suis sorti d’une salle de cinéma à Bruxelles, quelque peu bousculé par ce que je venais de voir. No Country for Old Men est un tour de force magistral qui fait réfléchir non seulement sur des thèmes aussi universels que la violence des comportements, mais aussi sur la narration cinématographique en général.

A la frontière entre le Mexique et le Texas, Llewelyn Moss (Josh Brolin) découvre sur les lieux d’un règlement de compte entre trafiquants de drogue, au milieu de corps encore tout fumants, une mallette d’un million de dollars. Mais il est loin de se douter des conséquences de ce qu’il vient de se mettre sur le dos. En effet, une chasse à l’homme va très vite commencer.

C’est sur cette base scénaristique a priori assez classique que les Frères Cohen nous emmènent dans un récit loin de tout ce que vous avez déjà pu voir. Il est vrai qu’ils nous ont habitués à un cinéma non conventionnel, devenu leur marque de fabrique grâce à des films tels que Fargo ou The Big Lewbowski.

Le film commence par prendre la forme d’un récit de western moderne classique: festival de paysages texans, de revolvers et malfrats à la voix rocailleuse. Mais, très vite, on bascule dans l’anti-conventionnel à outrance. Les frères Cohen ont retourné toutes les phases scénaristiques et stylistiques du genre pour inventer quelque chose de nouveau et propre à eux. L’humour noir est omniprésent en alignant des scènes quasi burlesques et des dialogues cinglants. Cependant le film n’est pas uniquement un exercice de style. C’est justement là où il prend de l’ampleur. Le récit est sombre, volontairement très lent et, par certains aspects, très dramatique. Le côté sombre est incarné par l’oscarisé et génial Javier Bardem. Il joue un psychopathe inquiètant dont ”le plus gros défaut est de ne pas avoir d’humour.” L’arme de ce dernier est la parfaite illustration de toute l’ironie des Cohen. Il tue à peu près tout ce qui bouge avec une bombonne d’oxygène comprimé. Le personnage central est joué par Tommy Lee Jones. Il campe un shérif dépassé, blasé et qui se pose énormément de questions sur sa condition et l’absurdité des comportements des gens qu’il traque. Jones est ultra sensible et émouvant, proche de son rôle dans Trois enterrements. Il apparaît au fur et à mesure du film comme la pièce maîtresse de la composition des Cohen.

Au final, le film est “trash” et il ne plaira pas à tout le monde. Après quelques jours de cogitation sur ce que je croyais être du non sens total, ce thriller m’est apparu comme une fable violente sur l’absurdité humaine. Je n’ai pas arrêté d’y penser pendant plusieurs jours. Ce qui me pousse à déclarer aujourd’hui que No Country for Old Men est un pur chef-d’œuvre.

Photos

Cinéma : Non, ce film n’est pas pour les petits d’hommes!
L'affiche du film “No Country For Old Men”.
Cinéma : Non, ce film n’est pas pour les petits d’hommes!
Javier Bardem joue un psychopathe inquiètant dont ”le plus gros défaut est de ne pas avoir d’humour.”