Dernière mise à jour : 22 avril 2010 Dernière édition : mars 2010

Espace culturel

septembre 2008, Jérôme van Ruychevelt

Cinéma : Un retour d’Irak poignant

Après avoir reçu l’Oscar du meilleur film pour “Crash” en 2006, le deuxième film de Paul Haggis (scénariste attitré de Clint Eastwood) était très attendu et tient toutes ses promesses.

Dans cette nouvelle page culturelle, j’aurais pu vous parler du “Silence de Lorna” ou encore de “Valse avec Bashir” qui sont apparemment les derniers bijoux sortis dans les salles. Cependant, n’ayant pas encore eu la chance de les déguster, j’ai préféré vous conseiller une récente sortie DVD à ne pas manquer : “Dans la vallée d’Ellah”.

Pour l’instant, seuls deux longs métrages traitent du thème épineux et, d’actualité pour un bout de temps encore, de la deuxième guerre d’Irak. Il y a le récent “Redacted” de Brian De Palma (dont la sortie est passée inexplicablement inaperçue) qui relate le quotidien de soldats américains dans le bourbier irakien et “Dans la vallée d’Ellah” de Paul Haggis.

Le film de Paul Haggis ne se déroule pas en Irak, mais bien sur le territoire américain. Hank Deerfield (Tommy Lee Jones) apprend que son fils est assassiné le soir de son retour en Irak. Hank décide d’enquêter lui-même sur la mort de son fils, au risque de déplaire aux autorités. Les acteurs sont, bien entendu, géniaux, à commencer par Tommy Lee Jones qui, à 63 ans, devient l’un des meilleurs acteurs du monde. Charlize Theron est épatante en flic hargneuse victime du sexisme de ses collègues. Le film ne tombe jamais dans le “patho” et les moments d’émotion sont exploités avec une pudeur exemplaire. On est presque gêné de voir Susan Sarondon apprendre que son deuxième fils vient de mourir. Les plans sont soignés, la narration linéaire et la réalisation, dans l’ensemble très académique, est extrêmement efficace.

“Dans la vallée d’Ellah” est loin d’être uniquement une enquête policière. Il relate le sort des soldats ayant eu la chance de revenir d’Irak vivants. Il montre les dégâts de la guerre qui s’étendent bien au-delà du territoire irakien. Il révèle à quel point la vie des soldats revenus d’un conflit, quel qu’il soit, sera perturbée à jamais. Car, derrière toute la géopolitique des guerres, se cachent des drames humains que même le patriotisme ne peut plus soulager. C’est une des facettes de l’Amérique de George Bush qui est décortiquée. Le film n’est toutefois pas un pamphlet anti-Bush. Paul Haggis ne fait que poser des questions embarrassantes sans jamais nécessairement y répondre. L’affiche originale du film (censurée aux USA) montre, en arrière-plan, la bannière étoilée flottant à l’envers. D’après le personnage de Lee Jones, un drapeau mis à l’envers représente un état décadent appelant à l’aide. C’est sur cette image que s’achève le film car c’est le sentiment qu’éprouve en fin de compte Hank par rapport à son pays. Au final, on peut être déçu si l’on s’attend à ce que le film remette en cause la politique américaine. Cependant, il a le mérite de nous amener à une réflexion moins ambitieuse, mais essentielle.

Photos

Cinéma : Un retour d’Irak poignant
L’affiche originale du film avec, en arrière-plan, la bannière étoilée flottant à l’envers a été censurée aux Etats-Unis.
Cinéma : Un retour d’Irak poignant
Tommy Lee Jones dans le film "Dans la Vallée d'Elah"
Cinéma : Un retour d’Irak poignant
Charlize Theron et Tommy Lee Jones.