Dernière mise à jour : 9 novembre 2011 Dernière édition : septembre 2011

Espace culturel

septembre 2011, Tawfik Matine

La solitude du coureur de fond (1962)

Qu’on se le dise, LE grand film sur l’athlétisme, explorant son vaste univers, la mentalité, la philosophie, le travail et le caractère des athlètes de chaque discipline, n’existe pas. Il reste donc à faire.

En effet, en 120 ans de cinéma, on a rarement pu considérer l’athlétisme comme le sport favori des cinéastes; cette place étant occupée depuis les années 30 et jusqu’à aujourd’hui par la boxe, accouchant encore en 2011 de deux grands films (la fiction The fighter de David O. Russel et le documentaire Boxing Gym de Frederick Wiseman) tandis que l’athlétisme doit se contenter d’un médiocre La ligne droite (de Régis Wargnier) mélodrame racontant la rédemption d’une ex-taularde devenue “coach” pour un athlète aveugle (sortez les mouchoirs), médaille d’or du coup manqué. Sur un scénario similaire, et dans le milieu de la boxe, Clint Eastwood nous avait bouleversé.

Il ne faut cependant pas croire que l’athlétisme n’a jamais eu son heure de gloire au grand écran. Quelques réalisateurs ont réussi tout de même à faire de la piste d’athlétisme un terrain de rencontre entre sport et grand cinéma. Ce sont ces rares films que nous vous proposons de (re)découvrir afin, dans un premier temps, d’allier sport et culture (soit passion et passion!) mais aussi de prouver que si notre sport est déjà le plus intense à voir à la télévision, il peut également l’être au cinéma!

La solitude du coureur de fond (1962) est un film caractéristique du “free-cinema” (ou cinéma libre), courant anglais qui consistait dans les années 60 à sortir des studios (et du circuit commercial) et à filmer dans les rues des cités afin de dénoncer les injustices sociales. Pour son film manifeste, le réalisateur Tony Richardson choisit comme figure de l’homme libre le coureur de fond et nous conte l’histoire de Colin Smith, un adolescent dans un centre de redressement, se distinguant des autres détenus par ses qualités d’athlète. Pendant ses longues heures d’entraînement, il s’abandonne à ses pensées et à ses souvenirs. Il rêve de son complice du vol qui a mené à son arrestation; il songe à la mort de son père, à la dure vie de famille qu’il a menée, etc.

La course à pieds dans ce film est tant symbole que liberté physique (sélectionné pour représenter le centre dans une compétition, Colin est le seul à pouvoir sortir non accompagné pour s’entraîner), que d’une liberté de l’esprit. Une fois dans la nature (par opposition à l’univers étroit et aliénant de la banlieue et de sa prison), les pensées du coureur se libèrent et vont se refléter dans celle-ci, grâce à un joli montage fait d’ellipses et de flash-back. Ainsi les flaques d’eau dans lesquelles Colin court évoquent l’eau des plages du séjour à la mer qu’il a passé avec sa petite amie. Deux moments de bonheur et de liberté se rejoignent par le montage.
Tom Courtenay, un jeune acteur issu du théâtre, interprète le rôle principal et, avec son visage maigre, ingrat et inquiétant, éclairé de temps à autres par des sourires de malice, apporte une très grande humanité au personnage.

La réalisation et le montage très libre, une musique jazz au ton un peu décalé, ses adolescents anglais en pleine révolte (les Beatles ne sont plus très loin), une vision romantique de la nature et son opposition au paysage urbain, sa dimension sociale et engagée (ou les images désormais célèbres des adolescents du centre de redressement occupés à réparer d’anciens masques à gaz de la seconde guerre mondiale), une séquence finale de course d’anthologie, etc. sont autant d’éléments qui contribuent à faire de La solitude du coureur de fond un chef-d’œuvre de l’art cinématographique, un véritable hymne à la liberté et probablement un des plus beaux films consacrés à l’athlétisme.

Photos

La solitude du coureur de fond (1962)
Le réalisateur Tony Richardson choisit comme figure de l’homme libre le coureur de fond...