Dernière mise à jour : 22 avril 2010 Dernière édition : mars 2010

Evénements

septembre 2008, Vincent Spletinckx

Et Tia entra dans la légende…

A deux journées de la fin des Jeux, la menace planait bel et bien sur notre délégation : la Belgique ne ramènerait peut-être aucune médaille de Beijing, pour la première fois depuis les jeux Olympiques de Los Angeles en 1932.

Même l’une de nos valeurs sûres, Kim Gevaert, pourtant rarement décevante, avait manqué sa sortie, tant au propre qu’au figuré, en demi-finale du 100 m et, dans la foulée, décidé de ne pas participer au 200 m. Certes, Kevin et Jonathan Borlée et Cédric Vanbranteghem nous avaient fait fibrer sur le tour de piste en se qualifiant pour les demi-finales. Kevin avait même échoué à un souffle de la finale en portant le record national à un extraordinaire et prometteur 44”88, devenant ainsi le premier Belge sous les 45 secondes ! Mais, point de médaille en vue. Puis, en l’espace de 48 heures à peine, les événements se sont enchaînés à une vitesse propre à nous donner le tournis.

Un épilogue et un prélude

Ainsi, bénéficiant de la cacophonie des équipes américaine (en série), jamaïcaine et britannique (en finale) en perdition, notre 4 x 100 m féminin, composé d’Olivia Borlée, Hanna Mariën, Elodie Ouedraogo et Kim Gevaert, déjà médaillé de bronze à Osaka l’an dernier, décroche une inespérée médaille d’argent derrière la Russie, abaissant le record national à 42”54. Les larmes de joie de Kim une fois la ligne franchie faisaient écho au bonheur éprouvé par tous les sportifs de notre royaume et venaient brillamment clôturer la carrière de cette athlète particulièrement estimable. Ce qui ressemblait à un épilogue heureux n’était pourtant qu’un prélude à une performance historique.

Tia entre dans la légende

Nous n’étions effectivement pas encore au bout de nos surprises. Pourtant, Blanka Vlasic elle-même, invaincue depuis 34 compétitions et grande favorite du saut en hauteur, nous avait prévenus en confiant judicieusement à son entraîneur : “Il faudra se méfier de Tia, elle répond toujours présent dans les grands rendez-vous.” Il est vrai que, retrouvant toute la combativité dont elle avait fait preuve aux Championnats d’Europe de Göteborg en 2006, cette dernière se montra littéralement à la hauteur de l’enjeu, peaufinant ses réglages jusqu’à 2 m 03. Là, en grande championne, elle donne l’accélération décisive en franchissant 2 m 05 (nouveau record personnel en plein air) au premier essai. Blanka Vlasic ne parviendra pas à faire mieux. Comme le soulignait le journal l’Equipe, contrairement à d’autres favoris, Blanka Vlasic n’a pas perdu le titre, mais c’est bien Tia qui, dans le concours le plus dense de l’histoire (quatre filles à plus de 2 m) est allée chercher la première médaille d’or belge en athlétisme depuis Gaston Roelants à Tokyo en 1964. Cet exploit permet à la Limbourgeoise d’entrer dans la légende du sport belge. Elle est, en effet, la première athlète féminine de notre pays à décrocher une médaille d’or en athlétisme.

La baraka jamaïcaine

Au-delà des exploits de nos athlètes féminines, force est de constater que l’événement des Jeux aura été l’éclatement du talent du sprinter noir jamaïcain Usain Bolt. C’est, avec le nageur américain Michael Phelps, le véritable héros de cette olympiade d’autant plus qu’il symbolise l’extraordinaire mainmise des athlètes de la petite île des Caraïbes sur le sprint mondial. Certes, la présence d’athlètes jamaïcains au plus haut niveau n’est pas neuve Donald Quarrie, Marlene Ottey, sans oublier Linford Christie et Donovan Bailey (également originaires de ce pays) avaient déjà, par le passé, damné le pion aux sprinters américains. Toutefois, jamais ils n’avaient fait preuve d’une telle baraka, monopolisant les titres sur 100 et 200 m tant chez les hommes que chez les femmes. Le pays de l’Oncle Sam n’avait plus connu pareille déconfiture sur ces distances depuis Montréal en 1976 (si l’on excepte le boycott de Moscou 1980, bien entendu). Que ce soit en toute décontraction (sur 100 m), en se donnant à fond (sur 200 m) ou en équipe (sur 4 x 100m), Bolt a, de plus, à chaque fois assorti son titre d’un nouveau record mondial tout en conservant sur ses adversaires une énorme marge de sécurité.

Mainmise africaine

Si les athlètes jamaïcains ont dominé les épreuves de sprint, les distances supérieures sont restées, quant à elles, la propriété des coureurs de fond éthiopiens. Kenenisa Bekele et Tirunesh Dibaba ont en effet réalisé un impressionnant doublé sur 5.000 et 10.000 m. La suprématie, de plus en plus marquée depuis les années 1960, des pays africains sur le fond et le demi-fond, s’est confirmée par les victoires des Kenyans Wilfred Bungei (800 m), Brimin Kiprop Kipruto (3.000 m stee-ple) et Samuel Wanjiru (marathon) chez les hommes et de Nancy Jebet Lagat (1.500 m) ainsi que de la prometteuse Pamela Jelimo (800 m) chez les femmes.

Patée de favoris

Les victoires attendues et néanmoins magnifiques d’Elena Isinbayeva à la perche (avec un nouveau record mondial à la clé), de la merveille cubaine Dayron Robles sur les haies hautes ou la démonstration de joie quasiment théâtrale d’Usain Bolt tranchaient avec les larmes de déception de certains favoris qui, le jour J, ont, pour diverses raisons, manqué le coche. Certains sont tombés avec tous les honneurs, les armes à la main. C’est le cas de Lolo Jones qui, le titre en point de mire, a chuté sur la dernière haie du 100 m et de Blanka Vlasic qui s’incline à une hauteur vertigineuse face à la maestria de notre compatriote Tia Hellebaut. D’autres ont été plutôt malchanceux tels Liu Xiang, héros national déifié de son vivant et néanmoins contraint, la mort dans l’âme, de se retirer au départ du 110 m haies sans avoir pu franchir le moindre obstacle. Enfin, quelques autres ténors se sont montrés particulièrement décevants. On pense en particulier aux sprinteurs américains du tour de piste Jeremy Wariner et Sanya Richards ou encore au Jamaïcain Asafa Powell, méconnaissables et bien loin de livrer le meilleur d’eux-mêmes en finale olympique. Les larmes et l’émotion ont donc ponctué des Jeux particulièrement réussis sur un plan purement athlétique et d’un niveau extrêmement élevé.

Photos & video *

En franchissant 2m05 au saut en hauteur, Tia Hellebaut devient la première femme belge championne olympique en athlétisme.
Et Tia entra dans la légende…
Tia Hellebaut entre dans la légende en devenant la première femme belge championne olympique en athlétisme.
Et Tia entra dans la légende…
Kim Gevaert a les larmes aux yeux. Elle clôture sa carrière sur une médaille d’argent conquise au 4x100m en compagnie de Hanna Mariën, Olivia Borlée et Elodie Ouedraogo.
Et Tia entra dans la légende…
En remportant trois médailles d'or (100m, 200m et 4x100m) et en améliorant à chaque reprise le record mondial, Usain Bolt est le héros des Jeux en athlétisme. Il symbolise la mainmise jamaïcaine sur le sprint.
Et Tia entra dans la légende…
Tirunesh Dibaba, tout comme son compatriote Kenenisa Bekele, remporte le 5.000 et le 10.000m, ponctuant, une fois encore, la domination des pays africains sur les épreuves de fond et de demi-fond.

Liste des articles

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