Dernière mise à jour : 22 avril 2010 Dernière édition : mars 2010

Les grands moments de l'athlétisme

septembre 2002, Vincent Spletinckx

Edwin Moses, le “Pape” du 400 mètres haies

Avec classe, élégance et sérieux, Edwin Moses a dominé le 400 m haies pendant plus d’une décennie. Double champion olympique et double champion du monde, il a également amélioré à quatre reprises le record mondial de l’épreuve. Habité d’un esprit redoutable de compétition, il fut également invaincu sur la distance pendant près de dix ans, réalisant une incroyable série de 122 courses sans défaite. Respecté pour son intégrité, son sérieux et son intelligence, Moses s’est également beaucoup investi dans la promotion d’un meilleur statut pour les athlètes ainsi que dans la lutte anti-dopage.

Edwin Moses voit le jour à Dayton dans l’Ohio le 31 août 1955. Second fils d’une famille d’enseignants qui en compte trois, il prend d’emblée son éducation très au sérieux. Cela ne l’empêche cependant pas de pratiquer différents sports au collège. Pourtant, après avoir été évincé de l’équipe de basket-ball et éjecté de celle de football américain à la suite d’une bagarre, Edwin Moses se tourne vers l’athlétisme et la gymnastique. Il est vrai qu’il est davantage attiré par les sports individuels: “Tout y est clair. Rien n’est arbitraire. Il s’agit simplement d’arriver le premier sur la ligne d’arrivée” dit-il. Ce sont pourtant davantage les dons scolaires de Moses que ses exploits sportifs qui lui permettent d’obtenir une bourse d’études au Morehouse College d’Atlanta, une université d’où est également issu Martin Luther King. Il est vrai qu’à cet âge, Moses n’est encore qu’un frêle garçon d’1 m 73 pour 61 kilos. Il considère l’athlétisme comme un hobby. L’étude des sciences et principalement de la physique l’accaparent. En outre, si le Morehouse College possède une équipe d’athlétisme, il ne dispose malheureusement d’aucune piste d’entraînement. Plus tard, Moses confiera au magazine Sport Illustrated que “les athlètes n’étaient guère privilégiés à Morehouse”. C’est ainsi que jusqu’en 1975, il ne s’est fixé aucun objectif ambitieux sur le plan sportif.

Le vent tourne

Pourtant, en quelques mois, alors qu’il approche de ses vingt ans, le frêle jeune homme se transforme en véritable éphèbe sportif pour atteindre sa taille (1 m 86) et son poids (75 kg) de combat. Cette transformation physique lui permet d’aborder le 400m haies avec un regard nouveau alors qu’il s’est jusque là dispersé sur 110m haies et dans divers relais. Sa grande foulée aérienne l’autorise à présent à se jouer des obstacles et à enregistrer un prometteur 50”1 au début de la saison 1976. Quelques semaines plus tard à peine, il se classe quatrième des championnats des Etats-Unis en 48”99. Pour la première fois, Moses formule de réels objectifs athlétiques. Ses premières courses ne passent pas inaperçues. L’entraîneur américain de l’équipe olympique, Leroy Walker, convaincu que Moses possède déjà toutes les qualités requises, décide de le prendre sous son aile. Il ne fait aucun doute pour Walker qu’il tient là un futur champion olympique. Peu de temps après, Edwin Moses confirme ce pronostic audacieux en remportant les sélections américaines (Trials) pour les Jeux dans le temps de 48”30, nouveau record des Etats-Unis.

Première foulées olympiques

A Montréal, l’Américain, bien que bénéficiant du retrait de John Akii-Bua, champion olympique en titre et recordman mondial de la distance, suite au boycott africain, fait, dès sa première compétition internationale, preuve d’une grande maturité. En finale, il part prudemment, mais accélère franchement dans la ligne droite, passant le Soviétique Gavrilenko. Dans la dernière ligne droite, Moses accentue encore son avantage : “J’ai franchement accéléré sur les dernières haies. Tout le monde peut aller vite sur les cinq premières haies, mais c’est sur les cinq dernières que l’on gagne la course.” Il remporte le titre olympique, laissant son poursuivant le plus immédiat, son compatriote Shine, à plus d’une seconde. En outre, en 47”64, il améliore le record mondial d’Akii-Bua (47”82). Au-delà d’une allure froide et austère, encore accentuée par le port de lunettes solaires correctrices, qui ne lui permet pas de conquérir facilement les foules, Edwin Moses parvient à gagner le respect de ses pairs. Dans un premier temps par ses performances sur la piste. Ensuite, grâce à son engagement croissant dans la promotion de meilleures conditions financières et sportives pour les athlètes. Enfin, dans le cadre de son combat, à la fois éclairé et précurseur, dans la lutte anti-dopage dès le début des années 1980.

Une approche scientifique

Appliquant à la lettre la maxime romaine “mens sana in corpore sano”, Moses utilise sa connaissance de la physique pour analyser et perfectionner sa technique de course. Il devient ainsi le premier athlète à tenir un rythme de 13 foulées entre les obstacles pendant toute la course, là où tous ses prédécesseurs sur les tablettes mondiales, que ce soit David Hemery ou John Akii-Bua, ne tenaient ce rythme que sur la première moitié de la course. Grâce à ces perfectionnements, Moses progresse encore et améliore son propre record mondial en 47”45 lors du meeting Pepsi de Westwood en juin 1977. Après une défaite (sa quatrième seulement sur la distance) face à l’athlète allemand Harald Schmid à Berlin en août 1977 (49”29 contre 49”07), Edwin Moses s’embarque pour une série invraisemblable d’invincibilité qui durera près de dix ans. La domination de Moses est telle sur cette distance que la conquête du titre olympique en 1980 ne peut lui échapper. Moses est donc l’un des premiers athlètes à regretter amèrement la décision politique du président américain Jimmy Carter de boycotter les Jeux organisés à Moscou suite à l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques. L’or olympique revint “par défaut” à l’Allemand de l’Est Volker Beck en 48”70 que Moses a largement dominé lors des coupes du monde de 1977 et 1979. De plus, quelques jours avant les Jeux, à Milan, il avait abaissé son propre record mondial à 47”13, reléguant le deuxième meilleur performeur mondial, Harald Schmid à 92/100e. Trois ans plus tard, à Koblenz, le jour de ses 28 ans, il fait mieux encore en réalisant 47”02. Ce chrono, dont il avait rêvé quelques jours plus tôt dans son sommeil, ne sera amélioré que neuf ans plus tard. Deux semaines auparavant, Edwin Moses s’impose sans grande difficulté aux premiers championnats du monde organisé à Helsinki en 1983. En 47”50, il laisse son dauphin, Harald Schmid, à plus d’une seconde (48”61). Aux jeux Olympiques de Los Angeles, après avoir prêté avec beaucoup d’émotion, au nom de tous les athlètes, le serment olympique, Moses ne laisse pas échapper l’opportunité de prendre sa revanche sur le mauvais sort. Il remporte un deuxième titre olympique en 47”75 et devance un certain Danny Harris (48”13) et l’éternel Harald Schmid (48”19).

La statue du commandeur

Après une décennie sans la moindre défaite, Moses est progressivement devenu une sorte de monument du tour de piste parsemé d’obstacles. Pourtant, la pression est devenue énorme sur cette statue du commandeur que personne ne semble oser approcher. Avec une certaine ironie, Moses constate qu’il a écrit une histoire dont le dernier chapitre ne peut être que sa défaite. Certains de ses adversaires lui reprochent toutefois de choisir méticuleusement ses courses pour s’économiser et éviter ses plus dangereux adversaires. Il est vrai que la concurrence est de plus en plus sérieuse et que Moses n’a plus ses jambes de vingt ans. C’est ainsi que, au mois de juin 1987, à Madrid, l’inévitable se produit. Moses y est devancé par son jeune compatriote Danny Harris, de dix ans son cadet, (47”56 contre 47”69) à l’issue de 122 courses sans défaite (dont 107 finales). C’est sans grande déception et presque avec soulagement que Moses accepte cette défaite. Pourtant, celui que l’on a appelé le “Pape” du 400 mètres haies est bien décidé à célébrer une dernière messe à sa gloire lors des championnats du monde de Rome, deux mois plus tard. Ainsi, à l’issue d’une course folle, Moses résiste d’extrême justesse au retour de Harris et de Schmid pour remporter son deuxième sacre mondial en 47”46 contre 47”48 à ses deux adversaires. C’est, à 32 ans, son chant du cygne et sa dernière grande victoire internationale. L’apogée de sa carrière est à présent derrière lui. Pourtant, il nourrit encore de grands espoirs à la veille des jeux Olympiques de Séoul en 1988. Il est vrai qu’en juillet, il remporte les sélections olympiques américaines à Indianapolis dans l’excellent temps de 47”37. Néanmoins, en 47”56, il ne peut faire mieux qu’une troisième place en finale des Jeux derrière André Philipps (47”19) et Amadou Dia-Ba (47”23). Cette fois la passation de pouvoir est définitive. Moses décide de mettre un terme à sa carrière athlétique. Les blessures de plus en plus fréquentes lui imposent d’interminables séances de rééducation tout au long de la saison.

Une reconversion de prestige

Le virus de la compétition ne le quitte pas pour autant. En 1990, on le retrouve sur le podium de la Coupe du Monde de bobsleigh par équipe de deux. Son combat en faveur des athlètes et sa lutte contre le dopage l’ont naturellement conduit à occuper des fonctions importantes au sein du Comité International Olympique. Scientifique de renom, Edwin Moses est également devenu un manager avisé poursuivant à de multiples niveaux son appétit de compétition et sa recherche d’excellence.

Notes

Photos & video(s) *

La première victoire olympique d'Edwin Moses aux jeux de Montréal en juillet 1976.
Edwin Moses, le “Pape” du 400 mètres haies
Aux Jeux de Montréal en 1976, Edwin Moses remporte son premier titre olympique et porte le record mondial du 400m haies à 47"64.
Edwin Moses, le “Pape” du 400 mètres haies
A Los Angeles, en août 1984, Edwin Moses file vers un second titre olympique.
Edwin Moses, le “Pape” du 400 mètres haies
A Rome, en 1987, Edwin Moses (à droite), s’impose de justesse à Danny Harris et Harald Schmid et remporte son second titre de Champion du monde. C’est sa dernière grande victoire internationale.
Edwin Moses, le “Pape” du 400 mètres haies
Même si, en 47"56, Edwin Moses (à droite) décroche encore une brillante médaille de bronze aux Jeux de Séoul en septembre 1988, il s'incline face à André Philipps et Amadou Dia-Ba.
Edwin Moses, le “Pape” du 400 mètres haies
Scientifique de renom, Edwin Moses lutte depuis le début des années 1990, au sein du CIO,contre le dopage dans le sport.

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