Les grands moments de l'athlétisme
juin 2003, Vincent Spletinckx
Sebastian Coe, le “fighting spirit” britannique
Considéré comme l'un des plus grands athlètes britanniques de tous les temps, Sebastian Coe a amélioré pas moins de 8 records mondiaux sur les épreuves du demi-fond du 800m au mile. Son fabuleux chrono sur le double tour de piste (1’41”73) a même résisté plus de 16 années à tous les assauts. Coe a également décroché quatre médailles olympiques, dont deux d'or, devenant par la même occasion le premier athlète de l'histoire à conserver un titre olympique sur 1.500 m. Courageux et ambitieux, il a réussi à traduire sa recherche de perfection tant au niveau des courses au record qu'à celui des grands événements.
Sebastian Coe voit le jour à Chiswick près de Londres en septembre 1956. Il grandit cependant à Sheffield et s'inscrit au club d'athlétisme de Hallamshire Harriers à l'âge de 12 ans. Dès le début des années 1970, il remporte de nombreux cross nationaux ainsi que des compétitions sur piste. Entraîné par son père, ancien coureur cycliste qui a très tôt décelé ses qualités d'endurance et de résistance, Sebastian travaille beaucoup sa technique de course, le développement harmonieux de sa musculature ainsi que sa vitesse de pointe, persuadé que celle-ci représente la clé des courses de demi-fond. Ainsi, malgré un gabarit très commun (1 m 76 et 58 kg), Coe parvient à enregistrer des chronos de l'ordre de 22” au 200 m ainsi qu'un excellent 46”87 sur 400 m.
En 1975, Sebastian termine 3e des championnats d'Europe juniors sur 1.500 m. Deux ans plus tard, il décroche sa première victoire internationale en remportant le 800 m des championnats d'Europe indoor à San Sebastian (clin d’œil du destin) en Espagne.
En 1978, aux championnats d'Europe de Prague, désireux de battre son compatriote Steve Ovett sur 800 m, Coe imprime un rythme démentiel à la course en passant au 400 m en 49”32 et au 600 m en 1’16”2. Les deux Britanniques se brûlent ainsi les ailes et, dans la dernière ligne droite, laissent l'Allemand de l'est Olaf Beyer l'emporter en 1’43”84 à 1/2 seconde à peine du record mondial du Cubain Juantorena. Coe (1’44”8) termine sur la dernière marche du podium, également devancé par Ovett (1’44”1).
Premier été de grâce
Pourtant, dès l'année suivante, Sebastian Coe connaît un été particulièrement exceptionnel au cours duquel, en l'espace de six semaines, il améliore trois records mondiaux. Tout d'abord, à Oslo, sur 800 m, il efface Juantorena de plus d'une seconde et couvre la distance en 1’42”33. Le 17 juillet, toujours à Oslo, il améliore le record mondial du mile du Néo-Zélandais John Walker (3’48”95 contre 3’49”4) et passe au 1.500 m en 3’32”8, ce qui constitue un nouveau record d'Europe, améliorant ainsi de près de 10 secondes ses meilleures performances personnelles. Enfin, à Zurich, au mois d'août, devant 26.000 spectateurs enthousiastes, il efface le record mondial de Bayi sur 1.500 m en 3’32”03. Coe devient alors le premier athlète depuis Otto Peltzer en 1926 à détenir simultanément les records mondiaux du 800 et du 1.500 m. Un an plus tard, ayant porté le record mondial du 1.000 m à 2’13”4, il sera même, l’espace de quelques heures, le premier homme à détenir simultanément tous les records du demi-fond: 800, 1.000, 1.500 m et le mile.
Duel au sommet
Aux jeux Olympiques de Moscou, à la fin du mois de juillet 1980, a lieu la première confrontation au sommet entre Sebastian Coe et Steve Ovett depuis les Championnats d'Europe de 1978. Si l'on compare la rivalité des deux hommes à celle qui opposa les athlètes nordiques d'exception Hägg et Andersson au début des années 1940, force est de reconnaître que la concurrence internationale à laquelle sont confrontés les Britanniques est infiniment plus conséquente que celle qui caractérisait la Seconde Guerre Mondiale. La constance de Coe et Ovett au plus haut niveau n'en est donc que plus remarquable. Pourtant, contrairement à leurs prédécesseurs, les deux hommes ne se rencontrent que rarement sur la piste, réduisant leurs confrontations aux grands rendez-vous. “Je n'ai jamais ressenti une telle pression” déclare ainsi Coe avant le départ du 800 m. Il laisse cependant Ovett diriger les opérations et se voit enfermer en queue de peloton. Cette erreur tactique lui est fatale car, malgré un fulgurant retour en fin de course, il ne peut rattraper Ovett qui couvre les 200 derniers mètres en 24”8 et franchit la ligne en 1’44”5 contre 1’44”9 à Coe. “Une seule médaille compte... Je dois m'assurer que cela n'arrive plus... Demain est un autre jour et il y aura une nouvelle bataille” déclare un Sebastian Coe déjà en quête de revanche.
En effet, six jours plus tard, sur 1.500 m, Coe court plus relâché, marque Ovett et se distingue aux avant-postes dès le départ. Grâce à un final ahurissant, qui le voit couvrir les deux derniers tours de piste en 1’49” et surtout le dernier hectomètre en 12”1, il remporte une course très relevée en 3’38”40 devant l’Allemand de l’est Juergen Straub et Ovett. “Je pourrais me retirer maintenant et être un homme très satisfait” lance-t-il alors tout sourire.
Une année exceptionnelle
Après avoir obtenu son diplôme en Economie de l'Université de Loughborough, Coe entame, en 1981, l'une des saisons les plus remarquables qu'un athlète ait connues, remportant l’ensemble des 18 courses de demi-fond sur lesquelles il est aligné. Le 19 août, il améliore le record mondial du mile en 3’48”53 et récidive à Bruxelles le 28 août, deux jours après que Steve Ovett ait réalisé 3’48”40 à Koblenz, offrant au Mémorial Van Damme son premier record mondial en 3’47”33. Coe a ainsi amélioré le record mondial à 3 reprises à l'occasion des trois courses auxquelles il a participé sur la distance entre 1979 et 1981 (un exploit qu'il partage avec Hägg et Andersson).
Cette même année, il remporte le 800m de la Coupe du Monde à Rome en 1’46”16. Cependant, son véritable exploit de la saison, il le signe en juin à Florence sur 800 m. Parti sur les chapeaux de roue, il couvre le premier tour de piste en 49”24 et passe au 600 m en 1’15”. Poursuivant son effort jusqu'au bout, le Britannique franchit la ligne en 1’41”73, devenant ainsi le second athlète après Juantorena à améliorer à deux reprises le record mondial de la distance. Cette performance exceptionnelle résistera à tous les assauts pendant 16 ans et 2 mois (soit plus que le record de Harbig) avant que Wilson Kipketer ne l'améliore en août 1997.
Doté d'un style de course très rythmé, d'une classe naturelle, d'une aisance et légèreté de la foulée qui lui valent d'être comparé au danseur et chorégraphe russe Nijinski, Coe résume ainsi la tactique à adopter en cas de tentative contre le record du monde: “Si quelqu'un remonte à votre hauteur, vous accélérez juste un petit peu.”
2e confirmation olympique
En 1982, à peine remis d'une fracture de fatigue au pied, Coe termine second sur 800 m aux championnats d'Europe derrière l'Allemand Ferner. Il est vrai qu'il ressent déjà les effets d'une toxoplasmose qui le contraint à lever le pied et à abandonner la compétition pendant près de deux ans, l'obligeant à faire l'impasse sur les Championnats du Monde à Helsinki en 1983.
Sélectionné en 1984 pour les Jeux de Los Angeles, il est critiqué par la presse britannique car son état de forme n'est, semble-t-il, pas optimal et priverait d'autres athlètes de chances réelles de victoire. Toutefois, Sebastian Coe fait taire les critiques en décrochant une inespérée 2e place sur 800 m derrière le Brésilien Joaquim Cruz et surtout la victoire au 1.500 m devant Steve Cram, étoile montante du demi-fond britannique, en établissant un nouveau record olympique en 3’32”53 après un sprint époustouflant sur les trois cents derniers mètres couverts en 39”. Il est ainsi le premier athlète de l'histoire à conserver son titre olympique sur la distance.
Aux championnats d'Europe de 1986 à Stuttgart, il remporte le 800 m et décroche la médaille d'argent sur 1.500 m. De fréquents arrêts dus à des problèmes de santé l'écartent ensuite à nouveau des stades et, en 1988, les sélectionneurs britanniques décident, cette fois, de ne pas lui accorder de seconde chance pour les Jeux de Séoul. Pourtant, quelques temps auparavant, Coe avait démontré un étonnant retour de forme, à Rieti en Italie, dans un 1.500 m de rêve où il avait porté son record personnel à 3’29”77, devenant ainsi le 4e homme sous la barre des 3’30”.
Pour le plaisir, il relève également le fameux défi du “Certamen de Caius” qui consiste à parcourir, sans spikes et en 47 secondes, les 380 m de la cour intérieure du Collège de Cambridge avant que les douze coups de midi retentissent, exploit que seuls six athlètes ont réussi en deux siècles (cfr. “les chariots de feu”).
Ambitions politiques
Coe prend sa retraite à la fin de la saison 1989 et s'engage dans la politique. Il est ainsi élu député conservateur des Cornouailles au Parlement britannique de 1992 à 1997. Il est ensuite nommé secrétaire auprès de William Hague, leader de l'opposition au Parlement.
Il devient Membre de l'Ordre de l'Empire Britannique en 1991. Lord Sebastian Coe, désormais membre de la Chambre des Lords, réside aujourd'hui, avec son épouse et ses quatre enfants, dans le Surrey, mais demeure très impliqué, en tant que membre du CIO, dans les milieux sportifs et athlétiques.
Courageux, volontaire, ambitieux et perfectionniste, Sebastian Coe a cumulé de nombreuses qualités et un caractère digne du fameux “fighting spirit” britannique. Pour sa part, Robert Parienté l'apparente à Julien Sorel, le personnage de Stendhal qui lutte contre sa sentimentalité par l'ambition et l'énergie. Deux caractéristiques qui ont indéniablement propulsé Sebastian Coe parmi les plus grands athlètes de demi-fond de l'histoire de l'athlétisme.
Notes
Photos & video(s) *
L'époustoufflant dernier tour de piste de Sebastian Coe dans le 1500m des Jeux de Los Angeles en 1984.
Aux jeux Olympiques de Moscou en 1980, Sebastian Coe (254) semble invoquer les dieux du stade. Après avoir manqué son 800m, il prend une splendide revanche en remportant le 1.500m devant Straub (338) et Ovett (279).
Bien que recordman mondial de la distance, c'est un Sebastian Coe diminué par une fracture de fatigue et par les premiers effets d'une toxoplasmose qui termine second du 800m des championnats d'Europe d'Athènes en 1982.
A Los Angeles en 1984, Sebastian Coe (359), devance son compatriote Steve Cram et remporte une seconde victoire olympique consécutive sur 1.500m.
Membre de l'Ordre de l'Empire Britannique depuis 1991, Lord Sebastian Coe demeure très impliqué dans le mouvement olympique et a soutenu ardemment la candidature de Londres pour les Jeux de 2012.