Les grands moments de l'athlétisme
mars 2007, Vincent Spletinckx
Heide Rosendahl, l’héroïne de l’Allemagne
Commencée dans les larmes amères de l’échec aux Jeux de Mexico, la carrière internationale d’Heide Rosendahl s’achève quatre ans plus tard en apothéose aux jeux Olympiques de Munich en 1972. Devant son public, le belle Heide décroche, à l’issue d’un duel épique avec la Britannique Mary Peters, une médaille d’argent au pentathlon, mais remporte surtout deux magnifiques médailles d’or au saut en longueur et au relais 4x100m, devenant ainsi l’héroïne des Jeux et de toute l’Allemagne.
Heide Rosendahl est née le jour de la Saint-Valentin de l’année 1947 dans l’Allemagne de l’après-guerre. Fille d’Heinz Rosendahl, lanceur de disque qui fut champion national à trois reprises au début des années 1950, il n’est pas étonnant qu’elle ait été très tôt attirée par le sport. Elle commence par pratiquer la gymnastique avant de se tourner vers la natation, le ski et le tennis de table. C’est pourtant l’athlétisme qui, au début des années 1960, lui permet de laisser éclater sa charmante personnalité et son étonnante combativité. Versatile mais enthousiaste, Heide s’illustre bientôt au pentathlon1 et, plus particulièrement, au saut en longueur.
Cette athlète magnifiquement proportionnée pour les épreuves multiples (1m74 et 64 kg), s’illustre pour la première fois en 1963 en franchissant 6 mètres au saut en longueur alors qu’elle n’a que 16 ans à peine. Elle profite de l’occasion pour remporter le titre national de sa catégorie tant en longueur qu’au pentathlon. En 1965, elle entame des études d’éducation physique et intègre le célèbre groupe d’entraînement de Leverkusen sous la houlette de Gerd Osenberg. Outre Heide, ce groupe athlétique permettra l’éclosion de quelques-uns des plus grands talents d’Allemagne parmi lesquels
Ulrike Meyfarth, double championne olympique du saut en hauteur.
Grâce à cette collaboration, Heide progresse rapidement et décroche une belle médaille d’argent au pentathlon des championnats d’Europe de Budapest en 1966 avec 4.765 points, à seulement 22 points de la Russe Tikhomirova mais devant la Britannique Mary Rand, championne olympique du saut en longueur à Tokyo, dont elle suivra bientôt la destinée.
Malheureusement, avant de connaître le goût grisant et sucré de la victoire, Heide Rosendahl devra absorber celui, nettement plus amer, de l’échec.
Le goût amer de l’échec
Alors qu’elle est au sommet de sa forme, la jeune Allemande connaît, à 21 ans, l’une de ses plus grandes déceptions sportives aux jeux Olympiques de Mexico en 1968. Tandis que la Roumaine Viorica Viscopoleanu profite de l’effet euphorisant de l’altitude pour porter le record mondial du saut en longueur à 6m82 et remporter le titre olympique, Heide doit se contenter de la huitième place et d’un saut relativement modeste à 6m40. Pire, à l’occasion de la première épreuve du pentathlon, le 80m haies, elle ressent une violente douleur. Victime d’un claquage musculaire, Heide se retire de la compétition et quitte le stade olympique en boitillant, les yeux inondés de larmes.
En 1969, alors qu’elle vient de porter le record mondial de l’heptathlon à 5.155 points et figure donc parmi les favorites, Heide se voit privée de championnats européens à Athènes par le retrait de la délégation allemande suite à la non qualification du transfuge de la RDA Jurgen May dans ses rangs.
L’éclosion
Ainsi, ce n’est qu’en 1970 qu’Heide Rosendahl peut enfin faire étalage de son immense talent au niveau international. A l’occasion des Universiades (championnats universitaires mondiaux) organisées à Turin, en Italie, elle porte le record mondial du saut en longueur à 6m84. L’année suivante, elle devient championne d’Europe du pentathlon à Helsinki en devançant dans la dernière épreuve, le 200m, la détentrice du record mondial, l’Allemande de l’Est Burglinde Pollak, de 24points. Elle complète sa moisson par une médaille de bronze au saut en longueur grâce à un bond de 6m66.
L’apothéose
Aux jeux Olympiques organisés à Munich en 1972, Heide Rosendahl est clairement la favorite du concours du saut en longueur. En effet, au cours des onze compétitions précédentes, la belle Allemande a établi la moyenne de l’ensemble de ses sauts à un extraordinaire 6m60. Confiants, les organisateurs ont donc placé l’épreuve au début du programme athlétique afin de lui donner un maximum d’exposition. Dès le premier essai, Heide semble leur donner raison en retombant à 6m78. Les autres concurrentes sont distancées et paraissent incapables de la menacer jusqu’au quatrième essai où la Bulgare Diana Yorgova bondit à 6m77. L’Allemande conserve son calme et parachève son concours par un saut de 6m71, fixant la moyenne de son concours à 6m72 et prouvant ainsi une exceptionnelle régularité. Toutefois, Heide doit attendre le dernier essai de Yorgova pour être fixée sur son sort. La Bulgare tente le tout pour le tout mais mord la plasticine de la planche d’appel. Lorsque le drapeau rouge du juge se lève, 80.000 spectateurs en délire acclament la victoire de leur nouvelle héroïne nationale. Cette victoire acquise par la plus petite des marges, constitue la première médaille d’or allemande de ces Jeux.
Un duel épique
Trois jours plus tard, Heide Rosendahl tente la passe de deux dans l’épreuve du pentathlon. Elle est à nouveau considérée comme la favorite, mais elle trouve sur sa route la combative Britannique Mary Peters. Agée de 33 ans, cette athlète originaire d’Irlande du Nord, en est à sa troisième participation aux Jeux et sait qu’elle tient là sa dernière chance de victoire olympique. C’est ainsi qu’elle prend un départ en fanfare et domine largement la première journée des épreuves, améliorant ses records personnels sur les haies, au poids et à la hauteur.
En raison de ses faiblesses au poids (13m86) et en hauteur (1m65), Heidi Rosendahl se retrouve à la cinquième place, à quelques 300 points de Peters, au début de la seconde journée. Pourtant, portée par son public, l’athlète allemande se surpasse au saut en longueur en bondissant à 6m83 (record olympique), à un centimètre à peine de son propre record mondial et plus loin qu’elle ne l’avait fait pour décrocher la médaille d’or quelques jours plus tôt. Elle laisse Peters à 85cm!
Dans la dernière épreuve, le 200m, Heidi améliore son record personnel de plus d’1/10e de seconde et franchit la ligne en 22”96. Elle totalise alors 4.791 points, ce qui constitue un nouveau record mondial (suite au remplacement de l’épreuve du 80m haies par le 100m haies). Toutefois, Peters n’a pas abdiqué et, bien que distancée de quelques mètres par Heide, elle améliore elle aussi son record personnel sur la distance, terminant l’épreuve en 24”08. La Britannique totalise ainsi 4.801 points et reprend le record mondial que l’Allemande n’aura détenu que 1”12 durant (un autre record)!
Le plus bel exploit
Cette seconde médaille d’or qui lui échappe d’un souffle au pentathlon, Heidi Rosendahl va la conquérir de bien belle manière, quasiment contre toute attente dans le relais 4x100m. Quelques jours après l’attentat tragique qui coûta la vie à plusieurs athlètes israéliens en plein cœur des Jeux, elle redonne le sourire à tout un peuple. Bien lancée par ses équipières Christiane Krause, Ingrid Mickler-Becker et Annegret Richter, Heide reçoit le témoin en tête à l’entrée de la dernière ligne droite avec une légère avance sur l’équipe de la puissante RDA. Courant plus vite qu’elle ne l’a jamais fait, elle fait mieux que résister au retour de Renate Stecher, pourtant double championne olympique et détentrice du record mondial sur 100 et 200m, et conserve près d’1m50 d’avance sur la ligne. Ce fut l’un des plus beaux exploits des Jeux, couronné par un nouveau record mondial en 42”81, améliorant celui des Américaines Ferrell, Bailes, Netter et Tyus à Mexico.
L’heure des bilans
C’est sur cette splendide performance que Heide Rosendahl mit un terme à sa carrière athlétique en 1973. Ainsi se retirait l’une des plus populaires et des meilleures athlètes que l’Allemagne ait connues. En effet, outre ses trois médailles olympiques, ses titres européens, Heide a détenu le record mondial du saut en longueur pendant six ans et a amélioré à plusieurs reprises celui du pentathlon. Elle a également remporté quelques 27 titres de championne d’Allemagne entre 1966 et 1973 (15 en plein air et 12 en salle) et détenu 40 records nationaux. Enfin, elle fut désignée athlète féminine de l’année en 1972 par le magazine de référence
Women’s Track and Field World.
En 1974, elle a épousé John Ecker, un ancien joueur de basket et a donné naissance à deux fils, David en 1975 et Danny en 1977.
Bien qu’elle ait mis fin à sa carrière sportive, Heide Rosendahl n’en a pas pour autant quitté les stades d’athlétisme comme en témoigne sa longue implication au sein des instances sportives allemandes. De 1997 à 2001, elle a été vice-présidente de la fédération allemande d’athlétisme.
Malgré une chevelure désormais grisonnante, Heide Rosendahl n’a rien perdu de son charme. Elle a fêté récemment son soixantième anniversaire. Quelques jours plus tard, comme pour commémorer l’événement et lui rendre hommage, son fils cadet, Danny Ecker, a remporté le titre de champion d’Europe en salle du saut à la perche à Birmingham.
Notes