Dernière mise à jour : 13 décembre 2009 Dernière édition : décembre 2009

Les grands moments de l'athlétisme

décembre 2009, Vincent Spletinckx

Jonathan Edwards, le goéland

Longtemps considéré comme un triple sauteur ordinaire, le Britannique Jonathan Edwards se remit personnellement et athlétiquement en question, à 28 ans, au milieu des années 1990, et parvint à relancer sa carrière. Une extraordinaire maîtrise technique lui permit de transformer la discipline, de devenir le premier athlète à franchir la barrière des 18 mètres dans des conditions régulières et, sur cette lancée, d’empocher deux titres mondiaux et une médaille d’or olympique.

D’excellentes prédispositions

Jonathan Edwards est né au printemps 1966 en plein cœur du “swinging London”, carrefour culturel dynamique de la fin des sixties. Pourtant, élevé par un père vicaire baptiste, il demeure longtemps davantage préoccupé par sa religion, sa foi et sa famille. Ce n'est donc pas un hasard s'il commence à pratiquer l'athlétisme en pur amateur, préférant butiner de discipline en discipline au gré de ses humeurs, malgré un talent évident pour les sauts. Doté d’une très honorable pointe de vitesse (il sera chronométré en 10”48 sur 100m en 1996) et d’une prometteuse détente, Jonathan (1m83 et 72kg) s’essaie, par goût du défi, au triple saut. Ses étonnantes prédispositions pour cette discipline ne passent pas inaperçues. Au milieu des années 1980, âgé de 20 ans, il pointe à plus de 16 mètres et fait ainsi son entrée sur la scène internationale.

Premières performances internationales

A la fin de l’été 1988, il gagne son billet de participation aux jeux Olympiques de Séoul, mais il est éliminé dès les qualifications où il se contente d’un modeste triple bond à 15 m 88. Qu’à cela ne tienne, douze mois plus tard, à l’occasion de la Coupe du monde organisée à Barcelone en septembre 1989, le Britannique décroche une très encourageante troisième place grâce à un saut à 17 m 28 qui lui permet de s’immiscer au sein de l’élite mondiale. Pourtant, à l’image de son compatriote Eric Liddell, héros immortalisé par le film “Les chariots de feu”, Jonathan Edwards persiste à donner la prédominance à ses convictions religieuses, refusant ainsi de concourir le dimanche. C’est pourquoi il s’abstient volontairement de participer aux championnats mondiaux de Tokyo en 1991 alors qu’il a pourtant réalisé, quelques semaines auparavant, une performance de 17m43 qui lui aurait permis de se mêler à la lutte pour le titre. Un cuisant échec à l’occasion des Jeux de Barcelone en 1992, où il ne parvient pas à se qualifier pour la finale, le décide néanmoins progressivement à revoir sa position.

Une sérieuse remise en question

A l’issue de longues conversations avec son père, il accepte de se remettre en question, considérant que si Dieu lui a octroyé un tel talent, c’est bien pour pouvoir l’exercer et donner le meilleur de lui-même, dimanche ou pas. C’est ainsi qu’il participe désormais à toutes les compétitions importantes sans restriction calendaire et parvient à décrocher sa première médaille aux championnats mondiaux de Stuttgart en 1993. Avec 17 m 44, il termine sur la troisième marche du podium et pose le premier jalon de sa nouvelle destinée. Dès l’année suivante, à 28 ans, à l’âge où d’aucuns envisageraient de prendre leur retraite, il fait table rase de ses acquis, repart de zéro et revoit les fondements techniques du triple saut. Bien que retardé par une maladie comparable à la mononucléose et due au virus d’Epstein-Barr, il met l’accent sur la vitesse de son élan et sur la rapidité de l’impulsion évitant au maximum les phases d’amortissement au sol. Sur le conseil de Dennis Nobles, il raccourcit ses phases d’appuis par rapport aux autres spécialistes et révolutionne la discipline en conservant une vitesse et une fluidité peu communes.

Le grand objectif des 18 m

Les résultats ne tardent pas à suivre. A Lille, à l’aube d’une saison 1995 qui s’avère en tous points exceptionnelle, poussé par une légère brise trop favorable (2,2 m/s puis 2,4 m/s) Jonathan Edwards s’envole littéralement à 18 m 39 et 18 m 43. Trois semaines plus tard, à Salamanca, dans des conditions régulières cette fois, il retombe à 17m98, améliorant d’un petit centimètre le record mondial détenu depuis 10 ans par l’Américain Willie Banks. Il ne fait dès lors plus aucun doute que la fameuse barrière des 18 mètres, titillée par de nombreux athlètes au cours des années précédentes, ne tardera plus à tomber.

Coup de génie

Jonathan Edwards profite de la grande scène internationale que lui offrent les championnats mondiaux organisés à Göteborg, en août 1995, pour réaliser l’exploit. Dès le premier essai, à l’issue d’une course d’élan rythmée et rapide, de trois bonds fluides, il atterrit à 18 m 16. Il est le premier à réaliser cet exploit dans des conditions régulières et, par la même occasion, améliore son propre record mondial. Au deuxième essai, étant donné qu’aucun concurrent ne peut raisonnablement plus le menacer pour la conquête du titre, il est plus détendu et subjugue l’ensemble des spectateurs et téléspectateurs en sublimant encore sa performance. Grâce à un dernier saut de plus de 7 mètres, il retombe à 18 m 29, franchissant, pour les anglo-saxons, la mythique barrière des 60 pieds. Jamais le record mondial de la spécialité n’avait été battu par un même athlète à l’occasion de ses deux essais initiaux. De même, jamais un athlète n’avait remporté un titre majeur avec une telle marge de sécurité sur son second (67 cm). Plus tard, le Britannique confiera qu’il avait la sensation de pouvoir sauter aussi loin qu’il lui était nécessaire.

Le revers de la médaille

Du jour au lendemain, Edwards passe du statut d’athlète international à celui de légende de l’athlétisme. Fort sollicité, il se disperse quelque peu. De plus, il a la malchance de se blesser à l’entame de la saison olympique. Bien qu’il ait remporté la quasi-totalité des concours auxquels il a participé jusque-là, Edwards se présente quelque peu perturbé sur le sautoir des Jeux d’Atlanta 1996. Il manque ses deux premiers essais et doit faire face à l’insolente réussite de l’Américain Kenny Harrison. Ce dernier, déjà champion du monde en 1991, améliore d’entrée le record des Etats-Unis en réalisant 17 m 99. Puis, sous la menace d’Edwards qui retrouve une partie de ses sensations (17 m 88), Harrison bondit à 18 m 09 à son quatrième essai, devenant ainsi le deuxième athlète de l’histoire à plus de 18 mètres. Edwards doit se contenter de la médaille d’argent. Un sort identique l’attend aux championnats du monde d’Athènes, en 1997, où, incapable de reconduire son titre, il est devancé par le Cubain Quesada. Deux ans plus tard, à Séville, il rétrograde même à la troisième place. Entre-temps, il a néanmoins remporté le titre de champion d’Europe à Budapest grâce à une performance de très haut niveau (17m99).

Un baroud d’honneur exceptionnel

Désormais âgé de 34 ans, le Britannique semble condamné à vivre dans le souvenir de ses exploits de Göteborg. C’est sans compter sur la motivation et le “fighting spirit” du personnage. En effet, si les champions vont et viennent, Edwards demeure, au tournant du siècle, l’une des rares valeurs sûres de la discipline. La constance, la détermination et le talent vont payer à l’occasion des jeux Olympiques de Sydney en septembre 2000. Jonathan Edwards ne laisse à personne d’autre le soin de s’imposer aux antipodes. Avec un triple saut mesuré à 17 m 71, il devance le Cubain Garcia et le Russe Kapustin. En 2001, il conquiert à nouveau le titre mondial, à Edmonton, en bondissant à 17 m 92. A cette occasion, il s’impose à celui qui se profile déjà comme son digne successeur, le Suédois Christian Olssen.
A la fin du mois de juillet 2002, Edwards, avec 17m86, remporte le concours des championnats du Commonwealth organisés dans une ambiance grisante à Manchester devant son compatriote Phillips Idowu (17 m 68), autre étoile montante de la discipline. Quelques jours durant, il est, fait exceptionnel, simultanément détenteur des titres olympiques, mondiaux, européens, du Commonwealth et du record mondial! Pourtant, aux championnats d’Europe de Munich, en août 2002, il doit s’incliner face à Olssen (17 m 53) et se fait souffler la médaille d’argent pour un petit centimètre par l’Allemand Friedek. Le grand champion britannique met finalement un terme à sa carrière sportive à l’occasion des mondiaux de Paris en 2003. Blessé, il n’est pas parvenu à se qualifier pour la finale. A 37 ans, il avait pourtant encore réalisé un triple bond de 17 m 61 au cours de cette ultime saison.

Une seconde carrière

Comme de nombreux champions, Jonathan Edwards n’a pas quitté le monde sportif à la fin de sa carrière athlétique. Il a rejoint d’autres athlètes d’exception, parmi lesquels Michael Johnson, Colin Jackson et Steve Cram, au sein de l’équipe de journalistes sportifs de la BBC. Jusqu’en 2007, il a également été l’animateur de l’émission religieuse Songs of Praise avant qu’il n’estime devoir l’abandonner suite à sa surprenante perte de foi.
A ce jour, il demeure l’athlète britannique qui a remporté le plus de médailles (une vingtaine) sur la scène internationale.

Notes

Photos & video *

Aux championnats du monde de Göteborg 1995, Jonathan Edwards devient le premier athlète à passer la barrière des 18 mètres au triple saut. Il améliore le record mondial à deux reprises à l'occasion de ses deux sauts initiaux.
Jonathan Edwards, le goéland
En 1992, à 26 ans, grâce à un record personnel de 17m43, Jonathan Edwards figure parmi les meilleurs triple sauteurs de la planète, mais il tarde à concrétiser son talent lors des grands événements.
Jonathan Edwards, le goéland
Aux championnats du monde de Göteborg, en août 1995, Jonathan Edwards devient le premier athlète à briser la barrière des 18 mètres. Grâce à un triple bond de 18m29, il établit un fantastique record mondial.
Jonathan Edwards, le goéland
Aux championnats du monde de Séville 1999, comme à Athènes en 1997 et aux Jeux d'Atlanta 1996, Jonathan Edwards doit se contenter d'une place sur le podium, laissant échapper le titre suprême.
Jonathan Edwards, le goéland
Douce revanche. A Sydney, en septembre 2000, à 34 ans, Jonathan Edwards est enfin champion olympique du triple saut.
Jonathan Edwards, le goéland
A Edmonton, en août 2001, Jonathan Edwards remporte un second titre mondial devant le Suédois Christian Olssen qui se profile déjà comme son digne successeur.
Jonathan Edwards, le goéland
En juillet 2002, à l'occasion des Jeux du Commonwealth de Manchester, Jonathan Edwards remporte sa dernière grande victoire internationale. Il détient alors simultanément les titres olympiques, mondiaux, européens et le record du monde!

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