Le coin du médecin
septembre 2009, Michel Fontaine
Les blessures graves en athlétisme
Tout le monde a en tête les images du joueur de football d’Anderlecht, Marcin Wasilewski, blessé gravement lors d’un match de championnat : fracture ouverte des deux os de la jambe. Ce joueur mettra 6 à 12 mois pour revenir dans le parcours, s’il revient. Heureusement, en athlétisme, les blessures graves sont très rares.
Les anciens se rappellent de
Valéri Brumel, ce champion du saut en hauteur russe dans les années soixante, qui détenait le record mondial avec 2,28 m. Il s’était blessé gravement en 1965 (mais en moto) avec paralysie et section tendineuse au pied droit. Il a subi de nombreuses opérations et ne put remarcher sans béquilles que trois ans plus tard. Il recommença la compétition en 1970, mais ne dépassa plus 2,06 m. Kajsa Bergqvist, championne du monde en saut en hauteur, se rompit le tendon d’Achille en juillet 2004 et ne revint à la compétition qu’au printemps 2005. Elle remporta néanmoins la médaille d’or aux championnats du monde cette année-là avec 2,02 m.
Plus près de nous, l’athlète français Salim Sdiri, recordman national du saut en longueur en salle avec 8,27 m, fut grièvement blessé par un javelot lors de la Golden League à Rome en juillet 2007. Le Finlandais Tero Pitkämäki ayant légèrement dérapé à la fin de son lancer, le javelot prit la direction de la zone d’échauffement des sauteurs, touchant le Français dans le bas du dos. Le foie de l’athlète fut transpercé, provoquant une hémorragie interne. Sridi reprit la compétition en février 2008 et se qualifia pour Pékin. Le 12 juin 2009, Sridi bat le record de France avec un bond de 8m42.Mais que se passe-t-il dans la tête d’un athlète gravement blessé?
La blessure est toujours un moment difficile à passer dans la carrière d’un sportif et peut, parfois, conduire à un arrêt prématuré de sa carrière.
Il y a différents stades de réactions psychologiques à une blessure sportive:
• Le stade de refus où le sportif a du mal à accepter la blessure : c’est une phase de déni et de stupeur face au traumatisme corporel.
• Le stade de compréhension : le sportif reconnaît la gravité de sa blessure et de ses conséquences. Il réalise qu’il ne pourra pas atteindre ses objectifs. Le passage du stade 1 au stade 2 peut parfois engendrer des crises de colère.
• Le stade de changement actif : le sportif se fixe de nouveaux buts prioritaires et essaie de les mettre en actes. C’est un moment clé de la réhabilitation du sujet qui va obliger l’athlète à une forme de prise de conscience sur lui-même et sur une logique de prévention qu’il définira.
• Le stade de l’autonomie subjective qui est l’occasion d’affronter de nouveau les situations sportives et d’évaluer les nouvelles alternatives qui se présentent à lui.
La blessure peut engendrer parfois une perte d’identité, un manque de confiance accompagné de crainte et d’anxiété. Lorsque l’athlète s’isole, refuse sa blessure, culpabilise par rapport aux autres et est obsédé par une reprise éventuelle, cela peut souvent être un signe d’une récupération potentiellement problématique.
Un accompagnement est nécessaire à l’athlète pour franchir tous les stades de réaction psychologique à une blessure.
Il faudra un suivi médical, psychologique et un soutien social de son entourage pour que l’athlète revienne dans le parcours. De plus, il lui faudra beaucoup de courage.
Les retours de Bergqvist et de Sridi prouvent que cela est possible.
Espérons néanmoins que cela ne vous arrive jamais.