Le coin du médecin
mars 2010, Michel Fontaine
Reprendre un sport
La reprise d’un sport ou d’une activité physique après une interruption prolongée, d’éventuellement plusieurs années, est un fait qui se rencontre régulièrement.
Les motivations sont diverses et toutes louables: espoir de perte de poids (résolutions de Nouvel An), remise en condition physique (après une marche rapide ayant amené la personne au bord de l’asphyxie), recherche d’une activité déstressante (boulot, boulot, etc.) ou essai de remeubler sa vie (prépension).
Les bienfaits du sport, et plus généralement de l’activité physique, sont unanimement reconnus. Il est d’ailleurs recommandé de faire 3 fois une demi-heure d’activité physique par semaine pour rester en bonne santé. Le maintien d’une activité sportive permet une meilleure utilisation périphérique du glucose et permet d’avoir un meilleur profil lipidique (HDL cholestérol) et dès lors une diminution de ses risques cardio-vasculaires.
Le sport empêche la fonte musculaire et la raideur articulaire, assurant le maintien d’un équilibre correct et évitant ainsi les risques de chutes (fréquentes lors du 3e âge). De plus, le sport réduit la déminéralisation osseuse et l’ostéoporose, sources de fractures chez les aînés. Depuis quelques années, on a montré que le surpoids favorise la survenue de cancers et de nombreuses études témoignent chez les plus “sportifs” d’une réduction du risque “convaincante” pour le cancer du colon et du sein (chez la femme ménopausée), “probable” pour le cancer de la prostate et “possible” pour le cancer du poumon et de l’endomètre.
Concernant le cancer du colon, cette diminution est de 20% et pour les néos mammaires après la ménopause de 30%.
D’autres études tendent à montrer que les patients atteints par des cancers et qui gardent une activité physique répondent mieux à leurs traitements. Et, finalement, le sport permet de garder des contacts sociaux et apporte un bien-être physique et mental. Toutes ces raisons font que de nombreux quadragénaires se décident à reprendre un sport après de nombreuses années de sédentarité, et il faut les y encourager.
La tendance est à recommencer le sport pratiqué pendant la jeunesse, mais en sont-ils capables?
Un bilan médical préalable est indispensable. Lors de sports de compétition, beaucoup de fédérations exigent ce certificat “d’aptitude” mais pas toutes: il n’en faut pas pour jouer au football, ni pour courir les 20km de Bruxelles par exemple.
Le médecin traitant généraliste, qui connait bien son patient, est le mieux placé pour délivrer un "feu vert" à la reprise du sport. Il fera compléter son bilan par un examen cardiologique poussé avec échographie et ECG d’effort.
Pour la reprise, il faudra insister sur le fait que la régularité et la durée de l’activité priment sur l’intensité. Une fois par semaine “à fond”, c’est courir à la blessure et le sportif se découragera vite.
La reprise devra être progressive, en favorisant la récupération d’une endurance correcte. De nombreux programmes existent. Il suffit de faire une recherche sur internet.
Le livre
Activité physique pour l’adulte de plus de 55 ans: Tableaux cliniques et programmes d’exercices de Manidi et Michel, aux éditions Masson fournira un plan de reprise pour les futurs sportifs ayant des problèmes médicaux.
Une manière agréable, efficace et sécurisante est la remise en condition dans un centre spécialisé où le “sportif” pourra bénéficier de conseils avisés et où les efforts se feront sous surveillance.
Une fois le “sédentaire” remis en condition, il pourra (re)commencer un sport.
Il faudra lui rappeler quelques conseils:
- Toujours bien s’échauffer et s’étirer avant et après le sport.
- Toujours penser à s’hydrater (1?litre par heure de sport).
- Penser à son âge: Le temps de récupération s’allonge avec les années.
Rester à l’écoute de son corps. La fatigue est un bon indicateur de saturation.
- Arrêter immédiatement si des douleurs surviennent. La poursuite de l’activité aggravera la blessure.
Pour le choix du sport, il faut se rappeler que cette activité doit rester un plaisir.
Même pour les sports individuels, il est préférable de le faire avec des amis qui sont source de motivation.
Il faudra, en tant que professionnel de la santé, pouvoir dissuader certaines personnes dans le choix de leur activité. En cas d’arthrose des membres inférieurs ou de surcharge pondérale sérieuse, il faut éviter les sports avec contrainte axiale, c.-à.-d. avec des chocs répétés comme dans la course à pied et favoriser les sports “non portants” comme la nage et le vélo. En cas de lésion de l’épaule telle que tendinopathie dégénérative de la coiffe des rotateurs, les sports avec armer du bras (lancement du javelot, service au tennis, nage sur le dos, etc.) peuvent aggraver la situation. Il faut moduler ses conseils: pour le tennis, livrer par le bas, par exemple.
Pour conclure, je résumerais comme ceci: il est indispensable pour la santé de rester actif mais en respectant son corps. Dans ces conditions, on voit des sportifs de plus de 80 ans faisant les 20 km de Bruxelles en marche rapide, jouant au tennis en double, participant à des tournois de tennis de table ou même s’entraînant au basket.