Reportages
septembre 2009, Yvon Hénin
Yvon chez les Kangourous
Petits rappels pour certains: en mars 1999, j’ai bénéficié d’une greffe de rein, rein que l’un de mes frères m’a donné. C’est le plus grand cadeau que quelqu’un puisse recevoir! C’est un nouveau départ dans la vie. Ne plus dépendre d’une machine pour vivre normalement, “juste” quelques médicaments et l’obligation de ne pas perdre ce bien si précieux. Depuis lors, je participe aux Jeux mondiaux des Tranplantés.
En septembre 1999, j’ai l’accord du médecin pour assister aux Jeux en tant que spectateur. Après discussion, il a vite compris que ce n’était pas ce que je voulais et il a fini par me donner le feu vert pour y aller en tant qu’athlète. L’aventure des Jeux commençait. Me voilà parti pour la Hongrie, aidé financièrement par une marche parrainée organisée par le CS Dyle.
En 2001, départ pour Kobé, au Japon. Toujours pas d’aide du gouvernement, mais la vente de tee-shirts organisée par mes soins a rencontré un réel succès auprès, entre-autres, des athlètes du CS Dyle. Je suis revenu avec ma première médaille : 3e place au poids.
En 2003, les Jeux se déroulaient chez nos voisins français, à Nancy. Quel fabuleux souvenir que l’ambiance sur la Place Stanislas, lors de la cérémonie d’ouverture : plus de 20.000 personnes s’étaient déplacées pour voir défiler les athlètes, nation par nation, derrière leur drapeau. Pour la première fois pour moi, la Brabançonne fut jouée avec, à la clé, un record du monde au lancer du poids.
En 2005, départ pour le Canada où une petite déception m’attendait : battu d’un centimètre au dernier lancer du poids, par un Slovaque, je n’ai pris que la 4e place.
La Thaïlande, en 2007, me laisse de moins beaux souvenirs. D’abord parce que l’organisation laissait à désirer. Ensuite, parce que, bien que favori au poids (mes principaux adversaires étant montés dans la catégorie d’âge supérieure), je n’ai terminé que 7e, battu par des adversaires qui, d’habitude, étaient derrière moi.
De retour en Belgique, je pris la décision que les Jeux suivants seraient mes derniers. Voilà donc deux ans qu’on en parlait de ces Jeux en Australie pour lesquels je me préparais de façon plus “musclée”.
Pour la première fois, les organisateurs avaient prévu un lancer de disque (2 kg) et un lancer de javelot (800 g). Étant donné mes problèmes articulaires aux jambes, je ne pouvais plus m’inscrire aux courses et aux sauts. Je me suis donc inscrit pour les trois lancers (que je pratique au CS Dyle depuis 32 ans déjà), avec l’espoir d’une médaille au poids.
Une dizaine de jours avant le départ, les problèmes de santé ont commencé à s’accumuler : gonflement des pieds, douleur dans l’aine, allergie à un médicament, somnolence, etc. Bref, j’étais presque mort (Si ! Si !). Je me demandais vraiment ce que j’allais faire aux Jeux. Mes espoirs de médaille s’étaient envolés. Je partais avec des pieds de plomb.
Mercredi 19 août: départ pour Zaventem. À 19 h 15, on est assis dans l’avion lorsque le pilote annonce un “petit problème” qu’ils mettront 1 h 30 à résoudre! Arrivés à Londres, nous apprenons que notre correspondance vient de décoller… ces derniers Jeux étaient décidément maudits!
Jeudi 20 août: départ de Londres pour Singapour où nous attendrons 13 heures pour continuer notre voyage. Enfin, cela nous a permis de nous habituer progressivement au décalage horaire.
Arrivés le samedi à 6 h 50 (heure locale) à Brisbane, après 51 heures de voyage, nous sommes accueillis par des bénévoles qui nous conduisent à notre hôtel. Après une bonne douche, le moral remonte: il fait beau (plus de 25°) et l’hôtel est bien situé (à 15 min du village des Jeux). Nous retrouvons le reste de l’équipe belge, arrivé avant nous. Nous sommes six athlètes et 11 accompagnateurs.
Le dimanche matin, trois athlètes belges participaient aux 5 km sur route, le long de la plage. Pour sa première participation, Alain est parti très vite, mais il a tenu le coup et a terminé troisième de sa catégorie. Première médaille pour la Belgique ! Quant à Guido et Lucien, ils terminent en même temps à une place honorable.
Lundi: trois Belges concourent en amateurs au bowling (Patrick, Guido et moi). Bien entendu, nous avons été écrasés par les “pros”.
Mardi: Stéphanie est battue au badminton en simple. Elle comptait sur moi pour le double. Le bowling ayant ravivé certaines douleurs, j’ai hésité, mais après un peu d’échauffement, je n’ai pas résisté à l’envie de lui faire plaisir. Nous nous sommes bien battus : 9/3, 9/6 contre des Malaisiens et 9/7, 9/6 contre des Anglais. Le troisième mach fut moins glorieux : nous avons été écrasés par les futurs médaillés d’or (1/9, 3/9). Le quatrième match (demi-finale contre des Suédois, pour la médaille de bronze) était le match de trop : nous étions fatigués et je stressais à l’idée d’aggraver mon problème à la jambe et d’ainsi hypothéquer mes chances aux lancers. Nous terminons donc à la 4e place.
Mercredi: entraînement d’athlétisme pendant qu’Alain participait aux 5 km contre la montre à vélo.
Jeudi: Alain, toujours en vélo, participe aux 20 km. Le circuit est vallonné et, bien qu’en tête pendant une bonne partie de la course, il termine en fin de peloton. Pendant ce temps, les pongistes se sont mis au travail. Stéphanie gagne la médaille de bronze dans sa catégorie.
Patrick, transplanté du cœur, gagne ses deux premiers matchs en puisant dans ses réserves. Épuisé, il est battu au 3e match. Il était tellement fatigué qu’il a mis plus d’un jour pour se remettre et qu’il a dû déclarer forfait pour le double avec Stéphanie le lendemain.
Vendredi: enfin l’athlétisme! Alain termine 6e de la finale du 100 m et Guido, 7e de la finale du 400 m. Lucien débute ses épreuves par le saut en longueur. Malheureusement, une blessure qui l’embête depuis plusieurs mois se réveille à ce moment-là. Grosse déception pour lui: il doit abandonner le concours et renoncer à courir le 400 et le 800. Il dépensera son énergie à nous encourager et à nous filmer. Ses films nous feront de bons souvenirs.
À 14 h, lancement du poids. Les athlètes n’ont que trois essais au total. Après deux autres concurrents, c’est à moi. Quelle joie de constater que le poids part très bien et arrive loin ! J’ai battu mon record personnel de 2003 de 40 cm! Comme le vin, je bonifie peut-être en vieillissant! Je prends la tête du concours et je la garde jusqu’au bout. Me voilà médaillé d’or! Je n’en espérais pas autant.
Samedi: l’athlétisme clôture les Jeux. Tout le monde se retrouve sur la piste pour encourager les participants dans leurs derniers efforts. Le lancer du disque est prévu très tôt. Donc, pas question de fêter la médaille vendredi soir. Debout à 6 h, concours à 8 h 30. La température est déjà de 25°, comme une belle après-midi chez nous. Les oiseaux chantent comme dans une gigantesque volière. Je lance le 33 tours et me voilà à nouveau, après un concours de 35 minutes, médaille d’or avec, à la clé, un record du monde!
Je peux alors, la joie au cœur et sans le moindre stress, participer au dernier lancer. A 11 h, débute le javelot. La chance est toujours avec moi. Le javelot s’envole et retombe à plus de 33 m. J’ai entendu Éric Vandegoor crier de joie en Belgique! Je n’étais qu’à 2 m sous son nouveau record du CS Dyle établi en début d’année. Peu m’importe, je venais de gagner ma 3e médaille d’or et, pour Éric, il ne perd rien pour attendre !
Tout compte fait, ces Jeux n’étaient pas si maudits. Peut-être ai-je trouvé, en Australie, la Pierre philosophale, celle qui transforme les pieds de plomb en or?
Merci à tous pour les encouragements.
À présent, comme Justine, je prends ma retraite(ndlr, temporaire?)